Bretagne

Nicolas Floc'h

Né⋅e en 1970

Vit et travaille à Rennes et Paris

...Bien que l’ensemble du travail de Nicolas Floc’h soit appréhendable sous forme de pièces et d’objets qu’on appelle des œuvres (des photographies, des sculptures, des dispositifs, des environnements), c’est davantage, nous semble-t-il, comme processus qu’il convient de l’évoquer. Par ailleurs, à ce stade de son développement, il nous paraît possible d’analyser cette œuvre de manière synthétique plus que strictement diachronique, tant les lignes, les principes et les pratiques qui la structurent sont devenus constants, lisibles et évolutifs. La plupart de ses projets, en effet, demeurent in progress et, s’ils se précisent, se modifient et s’alimentent au fil du temps, ils n’en cohabitent pas moins les uns avec les autres. Aussi, c’est davantage l’idée d’objets fluides (et pas seulement pour cause d’un fort tropisme maritime) que nous tenterons ici de cerner ; des processus suivis pas-à-pas depuis des années, ainsi fidèle à cet « art de l’enquête » dont parle Tim Ingold6 et qui constitue, qui sait, le cœur même de ce qu’on appelle la critique d’art, en cela précisément différente, sinon antithétique, des enquêtes propres à l’histoire de l’art.
Pour quelles raisons la dimension processuelle l’emporte- t-elle si largement sur la dimension objectale dans l’œuvre de Nicolas Floc’h ? Répondre à cette question revient à caractériser ce travail par sa présence active au cœur du monde, non seulement dans ses instances de représentation, mais tout autant dans sa réalité première, ce que nous avons nommé plus haut « immersion ». Le matériau sur lequel travaille Nicolas Floc’h n’est en effet pas réductible aux médiums classiques qu’utilisent les artistes (quand bien même, et nous le dirons amplement, il convoque massivement les catégories de l’art). La matière de ce travail, c’est une expérience du réel, une expérience concrète, au milieu des entités naturelles (la mer, les fonds sous-marins, les champs et les jardins...) et culturelles (la scène du spectacle vivant, celle des chorégraphes en particulier, le musée, le centre d’art), en compagnie des marins et des scientifiques, des danseurs et des performeurs, des partenaires du monde de l’art. De ces frottements, Nicolas Floc’h ne tire pas systématiquement des objets circonscrits, l’expérience, l’ambiance elles-mêmes pouvant constituer les formes retenues et proposées comme œuvres. Aussi, dans son cas, la distinction entre documentation et œuvre est souvent mise à mal et généralement peu pertinente. Ce qui se donne alors à voir sous le nom d’œuvre correspond à la partie visible de l’iceberg, indéfectiblement solidaire d’un ensemble qui comprend la préparation, l’approche, le voyage, les apprentissages, l’observation, les enregistrements d’images, les rencontres, les échanges, etc. Contrairement aux artistes conceptuels qui peuvent se passer des objets au profit des seuls protocoles, contrairement aux artistes qui délèguent une partie des savoir-faire, Nicolas Floc’h tient à la réalisation finale des pièces auxquelles les processus aboutissent, fût- ce au prix de longs apprentissages, par exemple en plongée sous-marine7, soit encore en cultures diverses, en moulage et bien sûr en photographie.
Plutôt qu’une typologie des objets, nous opterons ici pour une approche notionnelle susceptible de couvrir un spectre plus large de l’expérience, notions qui ressortissent à l’anthropologie et autour desquelles l’artiste a organisé son travail. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous en retiendrons trois : se nourrir, habiter, échanger.

Jean-Marc Huitorel, Une esthétique del’immersion, Introduction à l’œuvre de Nicolas Floc’h, in Glaz, Roma publications, 2018.

© Adagp, Paris