Les 3 samouraïs
L'œuvre a été réalisée dans le cadre du 1% artistique du collège d'Autun
Un collège est un lieu de vie : c’est le principal espace d’écriture de l'adolescence des élèves. Les personnels pédagogiques ou techniques accompagnent cette émancipation vers l’âge adulte. Cette notion prend une dimension toute particulière au collège militaire d’Autun, où les principes de vie en collectivité, sont d'autant plus affirmés par leur filiation au contexte militaire. Vivre dans le microcosme d'une telle institution pourrait donner le sentiment d’un repli sur soi mais le collège, avec sa devise « Pour la Patrie, toujours présent » met à mal ce stéréotype.
Nombreux de ces enfants y sont pensionnaires, parce qu'ils et elles sont pupilles de la nation ou que leurs parents sont militaires, absents ou engagés sur de longues missions extérieures. Ils grandissent avec la réalité de la mort ; chaque année une classe est marraine d'un casque bleu mort au combat, missionné pour la paix. Ils et elles entretiennent cette mémoire comme un prolongement de leur réalité familiale.
L'œuvre que j'ai réalisé dans le patio de la cantine du collège reprend cette expérience mémorielle : j'ai choisi d'honorer Bernrad Gangloff, un collégien d'Autun comme eux, mort pour la France en 1944.
Comme beaucoup d'enfants, et avec ses deux camarades René et Thomas, Bernard Gangloff est entré dans la résistance. Chefs de pièce de bazooka, ils harcèlent l’ennemi et multiplient les missions de sabotage.
Comme René, Bernard surnommé Popeye, tombera sous les balles allemandes. Grièvement blessé il mourra dans d'atroces souffrances sans jamais trahir ses ami·es maquisards, répétant à ses bourreaux : « Je suis le sergent Popeye ! ».
J'ai d'abord construit un petit kiosque en bois de forme japonisante pour jouer, par mimétisme, avec les toitures particulières et anciennes des chambres des collégiens. Sous ce kiosque sont posées 3 armures de samouraïs représentant Bernard, René et Thomas comme des héros de Manga.
Sur le pignon de la construction est écrit, découpé dans une lourde plaque d'acier, un mot en japonnais. Le ou la spectateu·rice, souvent les élèves, se posent la question de la traduction « Popeye ». Cet assemblage de formes ludiques avec ce mot reste un jeu, seule la transmission par un tiers de l'histoire de Bernard Gangloff transforme cette sculpture en mémorial. La sculpture reprend ainsi à son compte les usages du collège : mémoire et transmission par la paroles.