MÀJ
Auvergne-Rhône-Alpes

Karim Kal

Né⋅e en 1977

Vit à Viuz-en-Sallaz (Haute-Savoie)

« Né en 1977 d’un père algérien et d’une mère française, [Karim Kal] passe son enfance dans un petit hameau de Haute-Savoie, mais rend régulièrement visite à sa famille ou ses amis qui habitent en banlieue. Bien qu’ayant grandi à la campagne, la périphérie des grandes villes constitue donc l’un des terrains familiers de son enfance, puis de son adolescence. Entre 1996 et 2001, il étudie aux Beaux-Arts d’Avignon puis de Grenoble avant de suivre l’enseignement de l’École de photographie de Vevey dont il est diplômé en 2003. Depuis cette époque, l’artiste interroge lui aussi la réalité sociale, urbaine, historique du monde dans lequel il évolue. En 2002, pendant la guerre civile algérienne, il se rend dans le quartier de Bab El Oued où réside une partie de sa famille. Mais plutôt que de produire les mêmes images insoutenables que la presse publie quotidiennement, il photographie l’immensité bleue de la Méditerranée, principal horizon – au propre comme au figuré – de beaucoup de jeunes algérois candidats à l’exil. Trois ans plus tard, il est en Guyane où il s’intéresse autant aux logements sociaux qu’aux habitats de fortune en matériaux de récupération qui surgissent çà et là dans les faubourgs de Cayenne. En 2009, il photographie les résidents des Miroirs, un foyer de travailleurs immigrés construit dans les années 1970 à Évry, en banlieue sud de Paris. L’année suivante son travail évolue. Il cesse de réaliser des portraits afin d’éviter, dit-il, que ses sujets soient enfermés dans des représentations génériques : le banlieusard, le travailleur immigré, le candidat à la réinsertion, etc. Il commence alors à photographier la nuit, à la lumière du flash. Entre 2011 et 2013, marqué par la lecture de Michel Foucault, il s’intéresse à la manière dont des institutions telles que la prison, l’hôpital ou l’habitat social induisent des formes de coercition spatiales. Avec la série des « Entraves », son travail se focalise sur ces équipements qui hérissent l’environnement urbain : bornes, blocs, chaînes, grilles, plots, pics, potelets et autres marquages podotactiles. En 2017, dans le cadre de la commande Les Regards du Grand Paris, il photographie la zone aux alentours de la ligne D du RER, de Viry-Châtillon à Corbeil-Essonnes, s’attardant sur des détails étranges et familiers qui surgissent dans la nuit périurbaine. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, Karim Kal enquête sur ce qu’il décrit volontiers comme une « France élargie », incluant les territoires d’outre-mer comme les anciennes colonies. Dans cet espace géographique autant qu’historique, les quartiers populaires en périphérie des grandes agglomérations constituent son terrain de recherche privilégié. À l’aide de la photographie, il dresse l’inventaire de tout ce qui contraint les corps, instaure de la domination, rappelle l’univers carcéral et finit par transformer la banlieue en une zone de ségrégation qui, selon ses mots, confine à « une forme d’apartheid ». Il montre ainsi ce que l’histoire ou la politique font à l’architecture et combien cela influe sur ceux qui l’habitent. » (...)

Extrait de Métaphores de l'obstruction, Clément Chéroux
in Karim Kal, Arrière-pays, Éditions LOCO, 2019

© Adagp, Paris