Bretagne

Julie Bonnaud et Fabien Leplae

Vit et travaille à Rennes

Nés en 1986 en 1984 à Créteil et Fontainebleau

Julie Bonnaud et Fabien Leplae travaillent en duo depuis 2015 à Rennes et pratiquent ensemble le dessin et la peinture, l’édition et le jardinage. Au sein de dispositifs échafaudés par la trame de leurs dialogues, ils tissent des conversations entre diverses sphères. La collection comme répertoire de formes et de concepts, parc de sens et de couleurs ; la stratification des étapes de travail où le sujet peut devenir l’outil et l’outil le sujet ; et encore la fiction en tant que principe moteur et grille de lecture. Avec pour thématique les adventices, ils ont initié une pratique de dessin / peinture alliée à l’usage de drawbots, des traceurs muraux. Dessiner et vectoriser sur ordinateur puis manier le drawbot consiste en un « différé du dessin », qui ouvre à leurs quatre mains divers prismes pour appréhender le médium. De fait, ils hybrident, superposent et combinent multiples usages de cet outil à leurs savoir-faire afin d’inscrire sur le support ces projections mentales élaborées au préalable par photomontage.

  • En biologie : un organisme végétal survient incidemment, s’ajoute accessoirement à un milieu donné.
  • Drawbot : (littéral, Robot qui dessine) Traceur vertical, composé de deux moteurs pas à pas et d’un servomoteur pilotés par un Arduino, il permet de mouvoir un outil de dessin sur n’importe quelle surface verticale.

C’est le cumul de multiples usages du robot associés à diverses interventions manuelles sur des supports distincts qui a tissé un fil de sens à associer dessin et machine. De fait nous abordons la création de dessins avec l’idée d’ensemble. Ainsi dès les débuts de notre duo, nous dessinons directement avec le traceur tout comme nous rétro-projetons les grandes lignes d’une composition sur le support. Le temps d’expérimentation s’est porté sur le jeu d’amener la machine à une qualité de dessin manuel. C’est pourquoi nous n’avons pas usé du dessin auto-génératif, qui est une traduction graphique de calculs, nous avons produit des vecteurs, dessinant à la tablette graphique, de telle sorte que le langage nous reliant à la machine soit celui du dessin, dans sa pensée et ses gestes, que l’ordinateur transforme alors en calculs. Nous donnons ces calculs au robot qui les manifeste de nouveau en dessin. N’appliquant pas de pression, régulier mais insensible, le traceur dépose la matière sèche par frottement (fusain, graphite, pierre noire…), c’est donc par des voies détournées que nous transférons notre sens du toucher au robot.

C’est dans ces interstices, ces différés du dessin, que la création est déplacée par la machine, c’est dans cet entre-deux que résident la spontanéité et les imprévus, la part de ce qui peut nous échapper. Par cette hybridation, l’intuition est de se faire déborder par des usages, qu’il faut canaliser vers des objectifs, l’équipement ne peut pas penser lui même pourquoi faire telle chose à tel moment, ce qui implique d’expérimenter, ce qui implique le rapport à un temps de création étendu. L’association de l’ordinateur et du traceur, ce que nous appelons la machine, est envisagé ici comme le carrefour de nos techniques respectives qui émergent tout au long du travail, comme un point d’appui pour redistribuer l’expérience de chacun, pour que l’autre s’en empare et les amène sur d’autres prolongements. Le premier des adventices dans notre travail est le drawbot.

Nous travaillons actuellement à la mise en pratique d’un dispositif que nous écrivons et concevons depuis mars 2018, afin de répondre au désir d’envisager les contours de notre démarche de dessin par le prisme de l’installation et de la performance. Le noyau de Construire un feu // Arroser les plantes est un mobilier conçu spécifiquement pour notre approche. Produit en deux exemplaires, il intègre à quatre surfaces de dessin de 2,40 m2 deux systèmes de culture artificielle. Les dessins et les plantes poussent en parallèle dans l’atelier. L’Art peut-il représenter l’expérience d’une plante ? Un artiste peut-il collaborer avec une forêt ? Comment pourrions nous commencer à apprendre sa langue ? Entre le jardin, élément rassembleur, et le dessin expérimental, ce dispositif se nourri des aspects inspirants et troublants des forêts, prenant les végétaux comme idées et matériaux, nous tournant vers passé, présent et futur, conjuguant l’observation d’organismes vivants à nos expérimentations de dessin hybridant la main et la «machine».