January has April’s showers
Empruntée aux paroles de 2 + 2 = 5 de Radiohead, équation impossible devenue slogan de soumission dans 1984, l’exposition collective January has April’s showers interroge une dissonance désormais ordinaire : celle d’un monde qui préfère l’absurde à la remise en question, le confort à l’effort de penser.
L’exposition s’ouvre sur la catastrophe en cours, sur les ruines de promesses non tenues et d’idéaux pervertis. La dystopie n’est plus une projection : elle est un état. Tandis que certains continuent de jouir des plaisirs de la vie et de croire aux récits modernistes, d’autres choisissent le désordre, les marges. Quelque chose persiste.
Les vestiges deviennent matière de mémoire. Ils interrogent les formes d’archivage du monde, sa traduction en fragments. Que fait-on de ce qui reste ? Comment habiter l’après, quand le tout n’est plus accessible, quand le sens se recompose par éclats ?
L’exposition affirme la capacité de la fiction à déplacer les imaginaires. Elle revendique la possibilité de restituer à l’utopie sa puissance politique et poétique, non comme promesse naïve, mais comme force active de reconfiguration du sensible.
À l’heure où les discours de l’effondrement, écologique, politique, technologique, symbolique, saturent l’espace public, l’exposition invite à reconsidérer la ruine. Non plus seulement comme vestige mélancolique d’un monde perdu, mais comme espace de projection : une zone de friction, un seuil instable où coexistent la trace et le germe, la fin et le recommencement. Le monde est fini et ne l’est pas ; tout dépend des histoires que nous nous racontons, et de celles auxquelles nous consentons à croire.
Dans un monde habitué à fantasmer sa propre disparition, il devient nécessaire d’inventer d’autres images, d’autres langues, d’autres futurs habitables. Ni prophétie ni consolation, January has April’s showers revendique la science-fiction et l’utopie comme des expériences de pensée : des espaces de liberté où s’inventent d’autres manières de percevoir, de relier et de faire monde.