Valérie du Chéné, Keywa Henri, Jean-Marc Hunt, Raymond Médélice

La Ramée, Guadeloupe
Documents d'artistes Caraïbes et Amazonies
juillet 2026


Retour sur la résidence Sillages 2026

Documents d'artistes Caraïbes et Amazonies a pour ambition de rendre visibles et de valoriser les scènes artistiques de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique. À travers le développement d'un site internet consacré aux parcours d'une sélection d'artistes visuel·les de ces territoires, mais aussi par la mise en œuvre d'actions d'accompagnement et de mise en réseau avec les professionnel·les de l'art contemporain, l'association contribue à faire connaître la richesse et la diversité de ces pratiques.

Au terme de cette première année d'existence, il nous a semblé essentiel de créer du lien : entre les territoires, les scènes artistiques, les pratiques, les parcours et les trajectoires de vie. C'est dans cette perspective qu'est née la résidence artistique d'une semaine en Guadeloupe à l'Habitation La Ramée, réunissant Keywa Henri (Guyane), Raymond Médélice (Martinique), Jean-Marc Hunt (Guadeloupe) et Valérie du Chéné (Occitanie), autour d'une réflexion commune sur l'éco-habiter.


Keywa Henri, travail en cours, résidence Sillages 2026

L’Habitation La Ramée, située dans la ville de Sainte-Rose et ancienne sucrerie fondée au début du XVIIIe siècle, est gérée aujourd’hui par le Conseil Départemental de Guadeloupe. C’est dans cet écrin patrimonial transformé en lieu de résidence, où l’histoire côtoie la création contemporaine, que les artistes ont travaillé. Iels se sont totalement appropriés l’espace, offrant de nouveaux récits et mémoires à ce lieu.

En parallèle des espaces de travail, les artistes ont partagé un espace de vie, et on fait cohabiter - au fil des repas, des balades, des conversations nocturnes - les histoires, les mémoires et les imaginaires des territoires dont chacun·e est issu·e. Ces récits sont devenus progressivement matière commune.

Cette résidence était avant tout pensée comme un temps pour soi, pour sa pratique, mais aussi pour la rencontre. Aucun rendu n'était attendu. Aucune obligation de produire. Pourtant, très vite, le désir de créer s'est imposé chez les artistes. Et si les pièces réalisées ne sont pas des productions collectives à proprement parler, elles portent toutes les traces de discussions partagées, d’idées échangées entre les quatre artistes, et témoignent d'un compagnonnage entre pairs.


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Valérie du Chéné

Plasticienne installée dans un petit village d’Occitanie (Coustouge), Valérie du Chéné développe une pratique mêlant peinture, installation, dessin et volume. Son travail se déploie aussi bien dans l'espace public que dans des formes plus intimes, donnant toujours une place discrète, mais centrale, au langage. Si Valérie n'était pas venue en Guadeloupe avec l'intention de produire, un travail s'est progressivement imposé à elle, nourri des échanges avec les autres résident·es. En huit jours, elle réalise, sur ses carnets, un nuancier de quarante-quatre couleurs ainsi que vingt-six peintures-drapeaux. Ses peintures s’accompagnent d’une recherche autour des mots, et invente de nouveaux noms à ses couleurs, influencés par les sonorités caribéennes qu’elle entend et les récits transmis par ses colocataires résident·es de Guadeloupe, Guyane et Martinique. Son travail devient alors à son tour le prolongement des rencontres vécues et des paysages traversés durant la résidence.


Valérie du Chéné au travail, résidence Sillages 2026, La Ramée, Guadeloupe © Droits réservés


Raymond Médélice

Artiste martiniquais actif depuis la fin des années 1970, Raymond Médélice développe une pratique mêlant peinture et photographie. Nourri par la littérature, le cinéma mais aussi par la presse et l’histoire contemporaine, il s'intéresse à la construction des récits. À la Ramée, il finalise une série de collages réalisés à partir de photographies trouvées sur internet, datant du début du XXe siècle, principalement issues des archives départementales de Martinique, Guadeloupe, Guyane et la Réunion. Ces images de femmes politiques, de familles, de maisons, de billets de banques régionaux … racontent pour lui des histoires personnelles et politiques. Elles disent à travers la représentation une manière « d’habiter le pays ». L’artiste les imprime sur du papier transparent, les découpe et les assemble pour former des tableaux composites porteurs de nouveaux récits.
Durant sa résidence, parallèlement à ces collages, il s’engage dans une nouvelle pratique à partir de l’intelligence artificielle. Manipulant l’outil, il colorise et anime des photographies anciennes du quotidien pour produire une série de films rendant hommage à la culture caribéenne. Une nouvelle manière pour l’artiste d’appréhender les archives visuelles et de leur donner vie. À travers son œuvre, Raymond Médélice réanime la mémoire, questionne notre perception du passé et redonne une place à des récits longtemps minorés.


Raymond Médélice au travail, résidence Sillages 2026, La Ramée, Guadeloupe © Droits réservés


Keywa Henri

Keywa Henri est artiste pluridisciplinaire et chercheur·euse indépendant·e Kalin'a Tɨlewuyu (Peuple Autochtone de "Guyane française"), franco-brésilien.ne. Sa pratique défend une véritable protagonisation autochtone dans la société contemporaine tout en interrogeant sa propre place dans le contexte français. Iel explore les arts visuels, la performance, le cinéma, la littérature, la mode et l'animation, articulant une réflexion ancrée dans les histoires des Peuples Originels d'Abya Yala ("Amériques") et façonne un langage en mouvement qui transcrit ses préoccupations identitaires, esthétiques et politiques. Durant la résidence, Keywa relie son séjour en Guadeloupe à son histoire ancestrale et à son vécu personnel. Pour l’artiste « Éco-habiter » renvoie à « Écho-habiter » et « Cohabiter » qui « révèlent les relations que nous entretenons avec ce qui était, ce qui est et ce qui sera. Une façon de se ramener à soi-même, son territoire, sa vie ». C'est à partir de cette réflexion que l'artiste réalise une série de polaroids consacrés aux « autres-humains » présent·es à La Ramée. « Iels ont une autre temporalité, d'autres manières d'être. Iels étaient là avant nous et le seront sûrement après », explique Keywa. Ces présences deviennent alors les ambassadrices résilientes d'une autre manière d'habiter le monde.


Keywa Henri au travail, résidence Sillages 2026, La Ramée, Guadeloupe © Droits réservés


Jean-Marc Hunt

Artiste guadeloupéen, au croisement de plusieurs héritages créoles (Guadeloupe et La Réunion), Jean-Marc Hunt interroge les notions d'identité, les processus de créolisation du monde et les rapports de domination, historiques comme contemporains. Cette résidence à La Ramée autour de la notion d’éco-habiter, (la première sur son île), lui a permis de prendre un temps de réflexion sur sa pratique et son territoire. Il y conçoit une performance autour de cerfs-volants : ami·es, artistes, publics … sont invité·es à venir assister à leurs envols, notamment une nuit de pleine lune lorsque ceux-ci se confondent avec les étoiles. Les activations de l’œuvre, dépendantes du vent, sont autant d’aventures collectives et de gestes mutuels, qu’une manière de réinventer nos héritages culturels. À travers cette pièce, l’artiste réinvestit des espaces de jeu et de liberté en un temps lointain, et offre à toustes un moment d’émerveillement. 


Jean-Marc Hunt, envol 1 de nuit, envol 2 de jour, résidence Sillages 2026, La Ramée, Guadeloupe © Droits réservés


Restitution et échanges

Résidence Départementale du Gosier, Guadeloupe - 26 mai 2026

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Équipe de Documents d'artistes Caraïbes et Amazonies avec les artistes lors de la restitution de résidence © Droits réservés