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Genève

Pauline Julier

Né⋅e en 1981

Vit et travaille à Genève

L’archipel polynésien des Tuvalu (La Disparition des Aïtus, 2014), le nouveau projet titanesque d’accélérateur de particules du CERN (Way Beyond, 2021), la conquête spatiale et les luttes indigènes pour l’eau dans le désert d’Atacama au Chili (Follow the Water, 2022) : les sujets qu’aborde Pauline Julier semblent aussi vastes qu’hétéroclites. Il n’en est toutefois rien, puisqu’à travers ses films – et les installations et livres qui les accompagnent fréquemment –, elle explore un ensemble cohérent de questionnements complexes. Depuis une quinzaine d’années, l’artiste et cinéaste part ainsi à la rencontre d’écosystèmes dans lesquels se déploient des pratiques et savoirs, dont elle étudie les mécanismes, rituels, récits et la production d’images.

En brouillant les codes propres au cinéma et aux arts visuels, Pauline Julier s’attèle à raconter l’infini spectre des expériences humaines et les difficultés posées par la transmission culturelle. Elle donne également à voir la nature comme une construction. Ses moyens sont variés, qu’il s’agisse de concepts théoriques (par exemple l’Anthropocène pensé par Bruno Latour) ou de lectures littéraires – de Pline l’Ancien (Naturales Historiae, 2019) à la poétesse Amelia Rosselli (Cercate Ortensia, 2021) – ; d’archives papier ou filmiques ; de précieux entretiens gagnés par la confiance au terme de longs séjours sur le terrain ou d’interviews avec des scientifiques. De cette manière, le document et la fiction s’entremêlent constamment dans ses œuvres, de même que les techniques (film 16 mm, images numériques, diapositives, etc.). Les narrations construites par l’artiste sont de plus rythmées par des textes, des mots choisis avec soin qui jouent le rôle de voix off et viennent interrompre le flux puissant des images, laissant libre cours aux paroles des hommes et des femmes qu’elle a rencontré-e-x-s.

Au-delà de la rigueur des recherches menées pour ses films et de leur actualité politique, scientifique et sociale, les œuvres de Pauline Julier recourent avec plaisir à la poésie et au rire, de la beauté grandiose des images de la NASA aux discours banals des physicien-e-s. Ravages du colonialisme, destructions causées par l’extraction intensive de matières premières, réchauffement climatique : la quête épistémologique de l’artiste révèle la fragilité des connaissances humaines, qui elle-même fait écho à celle du monde, une inquiétude pour l’avenir déjà présente dans l’un de ses premiers films, Noé (2010).

Texte de Nolwenn Mégard