Nathyfa Michel
Né⋅e en 1994
Vit et travaille à Régina, Guyane
Mon travail est un geste de mémoire : il crée un espace pour ce qui a été perdu, observe ce qui subsiste, et trace des chemins vers ce qui peut être réinventé. Il s’enracine dans une expérience diasporique et métissée : avoir grandi entre la Guyane française et la France m’a confrontée aux fractures de l’identité, aux silences hérités et aux déséquilibres de pouvoir qui traversent la transmission des souvenirs.
J’explore les mémoires personnelles et collectives, dans une tentative de décoloniser mes héritages culturels. Je travaille depuis les zones de manque, de rupture et de silence, pour y trouver un langage visuel capable d’habiter ces espaces intermédiaires. Ma pratique cherche à faire surgir des récits sensibles là où l’histoire officielle – familiale ou institutionnelle – se tait, en réhabilitant ce qui a été oublié ou effacé. À travers une approche interdisciplinaire mêlant photographie, installation, écriture et performance, je revendique la lenteur comme manière de créer.
J’expérimente avec l’archive, avec la photographie numérique et argentique, que je mêle au collage ou des procédés alternatifs tels que l’impression à la chlorophylle ou les cyanotypes. Ces gestes me permettent de questionner les tensions entre présence et absence, et de matérialiser l’entremêlement des récits pluriels, où vérité et identité sont subjectives, et polyphoniques. J’ancre ma pratique depuis des environnement spécifiques, à la recherche d’un dialogue avec des présences invisibles, pour accéder à d’autres formes de transmission et réactiver de nouveaux portails pour la circulation des mémoires enfouies.