Lucié Malbéqui
Né⋅e en 1991
Vit et travaille à Crozon
Diplômée de l’ENSBA Lyon en 2017, je me forme ensuite à la cuisine, à l’herboristerie des familles et à la teinture végétale entre 2019 et 2024.
Ma pratique de la sculpture traverse les espaces qu’ils soient physiques, sensibles ou sociaux. Lors d’événements les activations ont lieu.
En 2020 dans mon exposition personnelle à La BF15 (Lyon), j’habite deux mois l’espace transformé en lieu de vie et propose des résidences d’artistes et banquets-restitutions hebdomadaires. Les actions ne sont pas spécialement performantes, pas vraiment spectaculaires, on répète des gestes que chacune et chacun fait chaque jour : se nourrir. Penser l’outil comme une extension du corps, me permet de questionner leurs formes et leurs usages, c’est un geste post-industriel qui opère. Ivan Illich dans La convivialité nous rappelle que l’humain « ne se nourrit pas seulement de biens et de services, mais de liberté de façonner les objets qui l’entourent, de leur donner forme à son goût, de s’en servir avec et pour les autres. »
Les sculptures, à la lisière de l’utilitaire, marquent une accointance entre art et artisanat. Les matériaux utilisés sont récupérés, cueillis, colorés par des plantes, achetés d’occasion, redécouverts, cultivés, cuisinés. Il s’agit d’une écologie de travail, une contrainte formelle qui m’engage à faire avec ce qu’il y a ; j’adapte mes besoins et dresse ainsi un portrait des territoires où je suis invitée, des personnes avec lesquelles je
travaille.
En questionnant les matériaux qui nous entourent et leur transformation, je tente de rejoindre l’un des axes de recherche qu’expose Geneviève Pruvost dans Quotidien politique : «La majorité des sociétés occidentales massivement industrialisées ne se pose que marginalement la question de l’assemblage : les paysans, les insectes, les artisans, les plantes, les ouvriers, les mottes de terre, le métal en fusion, le tissage à domicile ne font plus partie du monde des proches. »
Le textile me permet de créer des dispositifs légers, pliables et transportables facilement. Ces fils qui font surfaces sont des abris ou des lieux de rassemblement qui se déploient en sortant d’un sac. Ils sont fragiles et pragmatiques. Ce sont des parois, des frontières, des seuils, des épidermes qui séparent autant qu’ils réunissent ; au même titre que la céramique se faisant espace prédigestif, contenant déversoir, déversant dans notre corps contenant, naviguant entre perméabilité et imperméabilité.
En 2024 avec Le boyau de Baraban, le corps fait table. Avec cette performance participative, je souhaite faire du groupe un seul corps, un essaim oeuvrant à la même tache se déplaçant dans l’espace à la recherche d’une expérience commune où chaque individualité prend place.
Ces explorations se poursuivent lors de temps de transmissions, de workshops, où la cuisine permet d’être un cerveau à mille mains. On s’agite de concert, construisant dans l’espace un rendez-vous qui sera capté par les papilles des hôtes. La rencontre avec l’autre au cours du processus de fabrication ou lors de l’activation des installations est aussi importante que la forme. Dans ce geste commensale, l’invité.e, l’invitante, le lieu d’invitation ont un rôle équivalent. Cette pratique s’infiltre dans le réel et propose ainsi des modes d’existences sans cesse questionnés.
“Lucie Malbéqui se façonne de quoi vivre. Sa fabuleuse inventivité considère toujours les communautés qu’elle motive, en leur fabriquant une foule d’objets inédits pour mieux nourrir chacune d’entre elles. Chaque repas, chaque étape de la journée, se ritualise avec grâce. Et c’est dans ce capharnaüm harmonieux que l’artiste élit domicile.” Joël Riff.