Actualités des artistes

Plants and people

Exposition collective
Musée d'arts de Nantes, Nantes
du 30/01/2026 au 26/04/2026

L’exposition présentée au Musée d’arts de Nantes explore les notions de conservation et de préservation à travers la métaphore du végétal. Au centre, l’œuvre de l’artiste ukrainienne Alevtina Kakhidze, Invasions, relie la prolifération des plantes invasives aux logiques de conquête humaine, évoquant subtilement les blessures invisibles de la guerre. Plaidoyer poétique et pacifique, Plants and People réunit des œuvres qui interrogent les tensions entre fragilité et résistance, disparition et mémoire.

Le parcours s’ouvre sur les herbiers du Jardin des Plantes de Nantes (18ᵉ–21ᵉ siècle), témoins à la fois scientifiques et sensibles du désir de retenir ce qui se fane. Cette réflexion sur l’impermanence se prolonge dans les œuvres de Patrick Neu, avec Iris, ou Guillaume Janot avec Urban species. Wild puppy, tandis qu’Elena Brotherus juxtapose beauté et asphyxie dans une photographie poignante où son visage se cache sous un sac plastique au milieu d’un champ de tournesols (Portrait Series – Gelbe Musik with Sunflowers).

En contrepoint, Jean-Baptiste Ganne confronte, avec Windhandel (Amsterdam 1637/Athens 2008), l’ornement floral et la révolte politique, tandis que David Ryan, avec Le Chasseur de Trèfles, et Marie Denis, avec Le Divan, inscrivent la nature au cœur d’histoires personnelles. Le végétal se déploie aussi sur les estampes de Max Ernst ou de Raoul Dufy. Deux œuvres vidéo encadrent l’ensemble de ce paysage en déséquilibre : dans Jardin égaré de Jean-Claude Ruggirello, un amandier en fleur déraciné suspendu à l’horizontal tourne lentement. Rose Lowder, à l’inverse, filme de très près les fleurs, dans une chorégraphie lumineuse du vivant, célébrant sa beauté fragile.

Deux œuvres majeures font basculer la réflexion vers un autre régime de présence, celui du corps en contact direct avec la nature : Terre protégée III de Gina Pane, geste radical d’inscription du corps dans la terre, et Alpi Marittime de Giuseppe Penone, dialogue intime entre une main humaine et la croissance d’un arbre. Elles ouvrent une transition vers une autre géographie — plus aride, plus grave — où le lien à la terre n’est plus celui de la fusion, mais celui de la perte, de l’exploitation, de la destruction. L’accrochage met alors en regard les cicatrices terrestres photographiées par Sophie Ristelhueber et les paysages miniers éventrés de David Goldblatt, témoins d’injustices et d’épuisement des ressources.

À travers ces œuvres, Plants and People interroge ce qu’il reste à préserver quand le vivant est déjà entamé. L’exposition, loin de proposer un récit linéaire ou nostalgique, invite à une lecture traversée par les tensions de notre époque : celle du rapport au vivant, de la mémoire abîmée, des gestes fragiles posés sur un monde instable.

Commissariat de l’exposition
Marie Dupas, responsable de l’art contemporain du Musée d’arts de Nantes.
Claire Staebler, directrice du Frac des Pays de la Loire
Vanina Andréani, responsable du Pôle Collection-Exposition du Frac des Pays de la Loire