Actualités des artistes
Image © Yassine Ben Abdallah

Les engagés du sucre : les héritages

Exposition collective
Musée Stella Matutina, Saint-Leu
du 13/11/2026 au 04/04/2027

L’engagisme a profondément marqué la démographie et la culture de nombreuses îles. Bien que ce système ait été brutal, les centaines de milliers de travailleurs qui ont traversé les océans ont profondément remodelé les sociétés. Aujourd’hui, cet héritage se décline à la fois dans l’identité des populations, la culture, les paysages et la mémoire collective.

À La Réunion, dans les années 1950 et 1990, à la suite de la départementalisation, l’île connaît une mutation technico-économique et socio-culturelle qui plonge La Réunion dans une société de consommation et de loisirs. Malgré l’occidentalisation trop rapide de l’univers créole, des pratiques ancestrales perdurent et évoluent.

À la fin du parcours de l’exposition Les engagés du Sucre – l’engagisme à La Réunion 1828-1938 au Musée Stella Matutina, le travail de trois artistes est présenté : les portraits photographiques des descendants d’engagés d’Antonio Prianon (Portraits, 2025), les sculptures en biscuit de porcelaine émaillé de Migline Paroumanou (Legacy, 2018) et la vidéo sur le servis kabaré de Jean-Marc Grenier (Hommage aux ancêtres, 2022). Ces trois créations d’artistes contemporains ouvrent la voie à d’autres œuvres contemporaines qui témoignent de la forte présence de cet héritage de l’engagisme à travers les mutations cultuelles et culturelles.

À travers la photographie, le dessin et l’installation, l’exposition Les engagés du sucre : les héritages réunit des expressions artistiques contemporaines qui s’emparent du passé colonial et de l’engagisme. Cette exposition met en lumière l’impact de la canne à sucre dans la vie des populations et la cohabitation des spiritualités, à travers deux axes majeurs :

L’HÉRITAGE DU SUCRE

Une exploration d’une culture sucrière qui a littéralement façonné l’île depuis le XIXe siècle.

Si la canne a imposé un labeur épuisant et des traumatismes socio-économiques ou sanitaires, elle suscite aussi un attachement viscéral, rythmant encore aujourd’hui la vie de milliers de Réunionnais.

L’HÉRITAGE DES ANCÊTRES

Une plongée dans l’intimité des familles descendantes d’engagés. Face à l’oppression coloniale, la culture populaire a su préserver ses espaces de liberté.

De la théâtralité colorée du Karmon à la danse de combat du Moringue, en passant par la mémoire des ancêtres avec les fêtes cérémonielles de l’Atidamba, des servis kabaré et de la danse du Jako, les rites deviennent ici des armes de réappropriation identitaire.

Ici, le sucre, moteur historique de l’aliénation et de la domination, subit une profonde transmutation symbolique. Les artistes détournent ce matériau originel pour en faire un vecteur de mémoire et de sacralité.

En traversant ce parcours, vous êtes invités à observer des gestes fervents et des corps habités non comme les vestiges d’un temps révolu, mais comme de véritables actes de résistance culturelle. Une transformation des traumatismes d’hier en une célébration collective et partagée.

Commissariat Ève-Marie Montfort