Florans Feliks

par Daisy Lambert
Documents d'artistes La Réunion
March 2026

Florans Féliks : Des écosystèmes créatifs pour une traversée commune 

Chez Florans Féliks, il faudrait davantage parler de cultivation d’écosystèmes créatifs que d'œuvres d’art figées. Tout autant artiste que planteuse d’arbres, pédagogue et passeuse d’histoires, ses écosystèmes prennent racine dans le contact à la terre, celle de Kazkabar à Saint-Paul de La Réunion. Lieu de vie, d’accueil, d’apprentissage et de création fondé en 2004, il est situé à la croisée des chemins, en faisant d’emblée un espace symboliquement chargé de présences et de récits. C’est dans cette géographie mouvante, traversée par une ravine, qu’éclosent ses assemblages, cabanes et parures collectives, inscrivant durablement les corps qui les ont produits dans le territoire qu’iels habitent. 

Le travail de Florans Féliks suit un principe de germination. Dans l’atelier à ciel ouvert de Kazkabar, les œuvres sont littéralement mises en terre, ensevelies pendant plusieurs mois. La matière textile devient une enveloppe-corps dans laquelle sont enserrés des blocs de terre locale et des graines de citrouille. Ces cocons fertiles surmontés de sézis-tèr1 jouent un rôle à la fois pratique et symbolique. Bien que les sézis soient aujourd’hui communément utilisées pour se reposer, peut-être serviront-elles à faire sécher les futures graines produites par les plantes fécondées. Elles rappellent ici leur usage premier : le séchage des grains de café. Portée par les premières migrations malgaches, la présence des sézis inscrit, dans le système racinaire de la Kaz, l’héritage d’une population créolisée. Elle est un marqueur de mutation d’usage autant que de migration ancienne. 

Le ron fanm de Kazkabar — communauté de féminités plurielles2 —, joue un rôle central. Les gestes manuels s’y répètent et se transmettent (ramasser, sécher, pétrir, retourner, tresser) jusqu’à donner vie aux œuvres. Etandû, Etandî, Etandô, Etandard (2021) en est un exemple. L’installation interconnectée par des fragments de tricot se compose d’une agrégation de matériaux naturels et artificiels témoignant d’une attention constante au « déjà-là ». Les racines, tiges et oignons de pensées d’eau — plantes envahissant l’étang de Saint-Paul —, s’entremêlent aux rebuts domestiques du quotidien recueillis. Le nettoyage des objets glanés crée un glissement perceptif : les racines et tiges prennent l’apparence de chevelures texturées, la face rugueuse des éponges rappelle de la mousse végétale et les mèches de cheveux synthétiques, de l’humus ou des branchages humides. Les matières rejetées ou envahissantes mutent et se régénèrent sous l’impulsion des gestes de soin. 

La présence de l’artiste dans des lieux d’exposition institutionnelle est discrète, privilégiant l’accueil lors de kabars et bat’ karés.3 Une exposition fait néanmoins date dans son parcours : La sagesse des lianes en 2021. Féliks déplace Kazkabar au cœur du Centre International d’Art et du Paysage de l’île de Vassivière (CIAPV). Triko ‘d’po’d’ravine si sézi’tèr4 (2021) recompose à échelle réduite le terrain entrecoupé par la ravine Bernica. Des ouvrages en tricot et crochet aux tons terreux sont maintenus par d’épaisses branches. Leurs agencements délimitent des formes de cabanes-refuges — motifs récurrents dans son travail. Espace domestique accueillant et abri réparateur, la pièce est initiée par le ron fanm à Saint-Paul et achevée in situ, reliant deux territoires dont l’histoire s’enchevêtre par le déplacement forcé de milliers d’enfants réunionnais·es déraciné·es par l’État français dans les années 1960-1970 pour repeupler la Creuse, territoire abritant aujourd’hui le centre d’art.

Si la ravine évoque un phénomène d’érosion naturel créant une faille visible dans le paysage, elle est aussi source de mémoire. Intrinsèquement liée à l’histoire de l’esclavage et au marronnage puisque les « fugitif·ves » se cachaient dans ces espaces escarpés difficiles d’accès, Féliks souligne que des pratiques marronnes contemporaines y perdurent. Dans l’Hommage au gardien bœuf (2021), l’installation honore son voisin décédé Gabriel, un poète-chanteur gardien de bœufs Moka.5 Composée de bois et de paille, elle incorpore des éléments symboliques du gardien (chapeau vacoa, diabolo, pinces à linge, corne de bœuf…). Souvent stigmatisés et assimilés à des pratiques de vagabondages, les gardiens de bœufs sont pourtant les garants d’un savoir transmis par l’oralité comme l’ont été les marron·nes plus ancien·nes. À Vassivière, l’artiste a rassemblé les visiteur·euses lors d’un rituel de purification créé à partir d’urine de bœuf collectée auprès d’éleveur·euses locaux·les6. Des gestes protecteurs pour faire actes et traces de blessures encore vives.

L’attention pour la richesse de la transmission orale se perçoit également dans Granmèrkal (2005 - en cours). À partir d’une légende réunionnaise éponyme, Florans Féliks conçoit avec des enfants des objets hybrides à activer, entre parures d’oiseaux et dispositifs de jeu. Les contes sur Grand-mère Kalle sont foisonnants, parfois contradictoires, mais s’homogénéisent dans l’effroi que le personnage suscite. Sorcière ou martyre, elle incarne une menace qui occulte les savoirs sur la faune et la flore de l’île dont elle est détentrice. Les artefacts créés à partir de feuilles ou de plumes viennent au contraire exorciser les peurs, se transformant en supports ludiques de connaissances. Ils se réactivent à nouveau dans le spectacle I kri aou dann bwa (2022-2023) réalisé par Tintin du groupe Solilokèr, prolongeant cette nécessité de partage et le caractère mouvant des créations de Féliks. 

Son travail de gravure est moins connu. Pourtant, il fait partie intégrante de sa pratique depuis sa formation à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. En 1998, elle élabore les gravures Gravir po gramoun goni pour illustrer un livre de contes de l’artiste et auteur Wilhiam Zitte. Elle y aborde les thématiques de la foi, du labeur, du deuil et de la solidarité à travers la narration d’histoires d’ancêtres. La minutie qu’exigent les gestes d’incision et de creusement lui offre un espace méditatif personnel. Les gravures prolongent parfois des travaux antérieurs (série de gravures Granmèrkal - 2012) ou deviennent des pièces activables comme dans Salim (2012-2021)7. Entre le conte, l’oraison funèbre et le rituel de renaissance, les gravures de Salim dessinent un théâtre d’ombres. Dans une manipulation lente et une observation attentive, les formes se chargent d’une certaine polysémie. Une feuille peut devenir feu, cornes de cabri, aile d’oiseau ou figure humaine.

Les rituels pour les défunt·es sont omniprésents. Ils activent une cosmogonie réunionnaise où coexistent croyances et pratiques animistes, chrétiennes, hindouistes et musulmanes parmi d’autres. L’initiatrice de Kazkabar y organise annuellement Lomaz Zansèt (2004 - en cours) le 20 décembre. En parallèle du servis kabaré, ce kabar honore la mémoire des ancêtres afro-malgaches à travers le maloya.8 C’est une expérience corporelle qui se vit et se ressent plus qu’elle ne s’explique selon Féliks car elle requiert une synchronicité collective. En 2019, Lomaz Zansèt prend exceptionnellement la forme d’une procession depuis le rivage du cimetière de Saint-Paul jusqu’au terrain de Kazkabar. Un zingad — radeau de mâts de choca — de l’artiste Migline Paroumanou, un buste sculpté de Delphine Hélode et une sézi enveloppée d’un linge blanc accompagnent le rituel performance. Une offrande aux ancêtres afro-réunionnais·es révélé·es quelques années plus tôt par le cyclone Gamède.9

Florans Féliks s’inscrit dans une longue généalogie d’artistes mêlant l’art et la vie. Mais chez elle, l’art est un geste de relation écouménale. Il s’ancre dans le vivant, se transmet par le corps, se rejoue dans le collectif. Chaque forme ouvre un pan de mémoire, d’histoire et active un espace de soin. Il ne s’agit pas de réparer le passé, mais de créer les conditions d’une traversée salvatrice commune.


Notes :

1 Grandes nattes de vacoa tressées, omniprésentes sur l’île de La Réunion.

2 Principalement composé de femmes, le ron fanm accueille aussi les hommes prêts à mettre en partage des gestes de soin communément associé au travail dit féminin. C’est ce que l’artiste nomme “féminités plurielles”. Une manière peut-être de décloisonner les normes de genre établies.

3 En créole réunionnais, « bat’ karé » signifie promenade. Dans le contexte de Kazkabar, son usage fait référence aux balades pédagogiques proposées par le lieu. Le « kabar correspond à un évènement festif et musical où s’exprime le maloya. Le terme est hérité du « kabaré, servis kabaré », une pratique rituelle réunionnaise dédiée au culte des ancêtres afro-malgaches longtemps réprimée. Voir “Histoire du maloya”, INA (19 décembre 1998) et “La Réunion: le maloya”, INA (26 janvier 2002).

4 La sagesse des lianes est une exposition collective qui a été proposée par Dénétem Touam Bona au CIAPV (Centre International d’Art et du Paysage Vassivière) du 19 septembre 2021 au 30 janvier 2022.

5 Espèce endémique à La Réunion, actuellement menacée de disparition d'élevage. En 2024, moins de 400 animaux étaient recensés sur l’île. Voir Quentin Rivière, “D’un cheptel conservatoire de races locales à un outil de gestion de la savane : le cas de la chèvre Péï et de la vache Moka à La Réunion”, Essais - Revue interdisciplinaire d’Humanités, Hors série-6 (2021) & Annaëlle Dorressamy / Julien Talérien “Le bœuf moka en danger : une race péi menacée d'extinction à La Réunion” Réunion la 1ère (Juillet 2025).

6 Sur l’île de La Réunion, l’urine de bœuf est sacrée. Mélangée à de l’eau de mer, du lait ou du parfum, elle sert de liquide de bénédiction lors de rituels de purification.

7 Les gravures réalisées en 2012 sont activées pour la première fois par Florans Féliks la même année, lors d’un concert de Danyèl Waro à Saint-Gilles. Neuf ans plus tard, en 2021, de nouvelles voix et de nouveaux corps rejoignent Salim. Le poète et compositeur Danyèl Waro se fait accompagner par le chœur du conservatoire régional de La Réunion et par l’artiste Migline Paroumanou pour la partie dansée.

8 Hérité de pratiques musicales, spirituelles et résistantes accomplies dans le secret par les esclaves marron·nes de La Réunion, le Maloya désigne à la fois des sonorités, des chants et une danse codifiée.

9 Delphine Hélode est la seule femme esclavisée affranchie dont la sépulture repose à l’intérieur du cimetière marin de Saint-Paul. Le passage du cyclone Gamède en 2007 révèle des milliers d’ossements marquant la présence d’un cimetière d’esclaves en dehors du cimetière officiel. Un cimetière est officiellement inauguré en leur mémoire en 2019. Voir : Fabrice Floch, “Saint-Paul : inauguration du cimetière des esclaves découvert par Gamède.”, Réunion la 1ère (Septembre 2019).

10 Voir: Augustin Berque, “L’écoumène, mesure terrestre de l’Homme, mesure humaine de la Terre: pour une problématique du monde ambiant”, L'Espace géographique, tome 22, n°4, 1993.



Traduction en créole - Francky Lauret

Florans Féliks : Ansanm Ansanm par an par pou in koumbla lartistik

Ansanm Florans Féliks, odrémyé mazine in fason fé koumbla an lartistik olèrk zévrédar i débouz pi. An zès-fonnkér, an plantér, an lamontrér, an krikékrakér, li fé pous son travay lartis , zonbriyé èk la tér, sat Kazkabar , koté Sin-Pol La Rényon. Landrwa la i ékzis dopi 2004. Térla, i akèy aou gran kér, i amont, i aprann, i viv sak na po viv. Ousa térin i lé, dann krwazé somin la Rényon, li tonm dirèk in landrwa bonbé la prézans ousa la tér i koz. La-minm, dann in zéografi na pwin lo bor, ousa la ravine i koup an travér, son bann fagotaz an boukan, son bann gran palto an nik la koud an lantouraz i pèt an flér, i mark po lontan la tras lo kor domoun la mandar tousala. I anpar, i ranpar azot, po toultan, la plas zot i rèt.

Travay Florans Féliks i lèv parèy in grin la po zérmé. Dann Kazkabar, an latélyé rouvér si lo syèl, li plant son travay lartis dan la tér poudbon, an dormans po plizyér mwa. Dofil po tisaz i vyin an zanponn-lo kor, i ansér bann gob la tér èk grin sitrwi an somans. Kokon-la, an bababoutir sonbliyé èk sézi-tér lé la an bitasyon, mé lé la osi an fonnkér. Kinm koméla, i ansèrv sézi1 pito pou ropozé, somanké va ansèrv pou fé sèk lo grin gondé, kan li sar fine doné. La i vyin rapèl pokosa té ansèrv sézi la promyé débi : fé sèk grin kafé.

Sézi l’ariv ansanm promyé malgas, li la rant an rasine pyédbwa listwar la Kaz in pèp fine kréolizé. Ali minm la mark manir ansérv ali zordi, èk la mark vwayaz bann zansèt.

Ron fanm Kazkabar — lantouraz tout kalité fanmté 2 —, i tonm an potomitan. La minm i fé, i arfé viv, i amont, i aprann , tout bann zès la min (amasé, séké, boulanzé, trésé) ziskatan i fé énèt lèvrédar. Etandû, Etandî, Etandô, Etandard (2021) i done in bon légzanp posa. Linstalasyon i angarot tout sanm morso triko mandaré. Fagoté èk zafér natirèl mayé èk zafér artifisyèl li amont byin lo réspé po sat « té fine -la ». Rasine, dobwa ansanm patat pansédo — plant i sava partou létan Sin-Pol —, lé anmayé sanm bann réstan la vi toulézour. Nétway tout sak la trouvé par si par la i aral aou dan in ot fason mazine sat ou i wa : bann rasine ansanm dobwa i vyin sové konyé, koté zéponz i grat i vyin la mous, mèsh sové sintétik i vyin féy dobwa po pouri atér sansa in bransh la rèt dann lo. Zafér zété, zafér i may anou, i arpran favér dann tout zès sonyaz lo kér dan la min.

I wa pa tro lartis dan lamontraz lartistik ofisyèl, li profèr akèy domoun dann kabar épisa an bat karé3. Kanminmsa na in lamontraz i mark son somin : La sagesse des lianes an 20214. Féliks i amène Kazkabar dann kér lo Sant Internasyonal l’Ar sanm lo Péizaz (CIAPV). Triko ‘d’po’d’ravine si sézi’tèr (2021) i ardésine an pli pti lo térin la Ravine Bernica i koup an dé. La trikot sa sanm zégïy, krosé. Lo travay koulér la tér , i tyinbo ansanm in gro bransh dobwa. Manyèr la aranzé i arsanm bonpé fason i aranz in boukan — sa in zimaz i arvyin bonpé dann son travay. In léspas i di ariv aou, i anpar aou, i sony aou,. Pyès-la la komans mandaré ansanm lo ron fanm koté Sin-Pol pou ansèv ali in situ. Li gatir dé landrwa èk in listwar lé mayé akoz déplasman forsé sépakonbyin marmay la Rényon. Léta fransé la dérasine azot zané 1960-1970 pou arpèp la Creuse, départman na lo sant l’ar koméla.

Si la ravine i fé mazine travay la pli èk lo van, i rouv nout zyé si in krédfon dann péizaz, li tonm osi in sours la mémwar. Son lésans minm i fé lyane ali sanm listwar lésklavaz, sanm maronaz akoz maron té i kasyèt dann ranpar konma, lé malizé po arivé. Féliks i vé pa i obli , térla, bann maronaz koméla i kontinyé minm. Dan l’Hommage au gardien bœuf (2021), linstalasyon i rann omaz son défin vwazin Gabriel, in fonnkézér-santér gardyin bèf Moka5.

Fé èk dobwa sanm la pay, li razout anndan zafér i fé mazine lam gardyin la (kapline bourdoné, oulké, pinsalinz, la korn bèf…). Souvandéfwa i agard travay domoun la dopi anlér konm zafér insinifyan, pwatan, gardyin bèf minm i tonm zarboutan lamontrér in fason viv, in konésans zis an parol parèy lontan bann maron. Koté Vassivyère, lartis la parti pran pisa bèf6 èk sonyér bèf laba, po mèt an partaz sanm vizitér in zès-fonnkér an koumbla. Po anpar la mark boubou i fémal minm.

Dann Granmèrkal (2005…) i trouv minm réspé po zistwar zansèt la kado anou. Ansanm zistwar réyoné Granmérkal la Rényon, Florans Féliks èk marmay lékol i fagot bann zobzé in pé batar i fo fé viv, rant la plim zwazo èk lo zé marmay. Zistwar Granmérkal néna plin, souvandéfwa i trouv tout èk lo kontrér, mésoman tout lé dakor po di madanm la i fé mont kap-kap si domoun. Sof an sorsyèz sof an martir, li roprézant in ménas i fé obli tout gabyé èl néna dési plant ék zanimo péi.

Parlfèt, saklon fèy, saklon la plim i vyin pito tir la pér, i dévir lo kap-kap an zé lamontraz. Pèstak I kri aou dann bwa (2022-2023) Tintin , lo group Solilokèr la fé, i arfé viv plis an gran lo bézwin mèt ansanm, èk lo koté na-pwin-lo-bor i trouv dan tout kréasyon Féliks.

I koné pa tro tro son travay la gravir. Somansa, lé la povréman dann tout son travay dopi son formasyon Lékol Nasyonal Sipéryèr Bozar Paris. Lané 1998, li i kalkil Gravir po gramoun goni pou in liv zistwar lartis épila lotèr Wilhiam Zitte la ékri. Ladan li kos ansanm rakontaz zistwar zansèt i koz dési krwayans, travay, lo déy èk solidarité. Po grafiné, po gravé i domann mèt la tèt èk out travay , i obliz rant anndan ou minm. Parlfèt sa i kado aèl in léspas zis po li minm. Nadéfwa in travay fine fé dopi avan i vyin in gravir (séri la gravir Granmèrkal - 2012). Nadlér, in gravir i ansérv po in ot travay i rès pou aktivé konm dann Salim (2012-2021)7. Rant rakontaz zistwar, pléré pou lo mor épisa sérvis po roénèt, bann gravir Salim i désine in téat lonbraz. Lérk i bouz dousman dousman, lèrk i vèy vèy byin, bann form i fé mazine aou bonpé zafér. In fèy i vyin dofé, korn kabri, la zèl zwazo obyin figir domoun.

Bann zès-fonnkér pou lo mor lé la partou. I fé lèv in in maabarldon réyoné ousa tout kroyans i viv kosté-kosté lam la natir, krétyin, malbar, zarab, tousala... Toulézan, li organiz an lantouraz Lomaz Zansèt (2004 – ankor pou fé) po lo 20 désanm. Dann minm siyon servis kabaré, kabar-la in fonnkér po zansèt malgas, lafrik, an maloya kabar8. Solon Féliks, na pwin po rod lésplikasyon, t’in moman po viv èk tout out kor, èk tout sak li giny rosanti, tout domoun ansanm, minm tan. An 2019, Lomaz Zansèt la ni in prosésyon dopi lo rivaz simtyèr Sin-Pol ziska térin Kazkabar. Dann zès fonnkér la, navé In zingad — rado madsoka — lartis Migline Paroumanou la fé, in léskiltir la tèt Delphine Hélode èk in sézi roulé dan la twal blan. Pérformans-la la tonm konm in lofrand pou bann zansèt réyoné i sort Lafrik siklone Gamède9 lavé mèt déor détrwa zané avan.

Florans Féliks i tonm in ti boutir lo gran lyane fami zartis i amay l’ar èk la vi. Mésoman ansanm èl, l’ar i tonm in zès-fonnkér i koumbla la tér, èk nout domounité. Li anrasine èk lo vivan, li rézone dann kor, li arpran son sans dann lantouraz èk domoun. Sak form i rouvér in bout la mémwar, in bout listwar po arsony ali. La pa di i répar lo pasé, soman i tasmanir, artrouv in parkoman rouv somin boranbor in domounité vivan.


1 Gran nat vakoa trésé, néna partou La Rényon.

2 Kinm Anndan néna sirtou bann fanm, lo ron fanm i fé rant osi lo zonm lé kapab partaz bann manyér sonyé i kol souvandéfwa dan nout mazinasyon ansanm in travay fanm. Sa minm lartis i apèl “fanmté tout kalité ”. Somanké in fason désot baro lo genre.

3 An kréol réyoné, « bat karé » i vé di promené. Dann Kazkabar, bat karé i ansèrv pou tout kalité lamontraz landrwa i propoz. Lo « kabar » t‘in fèt èk la mizik ousa maloya i roul. Lo mo i sort dann « kabaré, servis kabaré », in manyèr fé rityèl réyoné pou rann omaz bann zansèt afro-malgas la lontan bord si koté. Agèt “Histware du maloya”, INA (19 décembre 1998) épi “La Réunion: le maloya”, INA (26 janvier 2002).

4 La sagesse des lianes t‘in lamontraz an groupaz Dénétem Touam Bona la propoz dann CIAPV (Sant Intèrnasyonal l’Ar é lo Péizaz Vassivyère) rant lo 19 sèptanm 2021 èk lo 30 zanvyé 2022.

5 Léspès péi La Rényon, zordi sonyaz la i menas disparèt. An 2024, té kont a pinn 400 zanimo dési lil. Agèt Quentin Rivyère, “D’un cheptel conservatware de races locales à un outil de gestion de la savane : le cas de la chèvre Péï et de la vache Moka à La Réunion”, Essais - Revue interdisciplinaire d’Humanités, Hors série-6 (2021) & Annaëlle Dorressamy / Julyin Taléryin “Le bœuf moka en danger : une race péi menacée d'extinction à La Réunion” Réunion la 1ère (Juillet 2025).

6 La Rényon, pisa bèf lé sakré. Mélanzé sanm dolo la mér, dolé obyin sanbon, i ansèrv pou béni obyin dann rityèl pou sas mové zafér.

7 Bann gravir la fé an 2012 i pran vi pou lo promyé fwa ansanm Florans Féliks lo minm lané, dann in konsér Danyèl Waro koté Sin-Zil. Nèf lané apré, lané 2021, bann vwa nèv épi bann kor nèv i mèt ansanm Salim. Lo fonnkézér konpozitér Danyèl Waro i shant ansanm lo kér konsérvatwar rézyonal La Rényon épi sanm lartis Migline Paroumanou pou lo parti dansé.

8 Léritaz lo fason amène la mizik, krwayans épi la rézistans zésklav maron La Rényon té tyinbo dann ségré, Maloya i nonm minm tan lo mizik, lo shanté èk lo fason dansé.

9 Delphine Hélode i tonm lo sèl fanm zésklav afranshi lo kor i rèt dann simtyèr marin Sin-Pol. Lo pasaz siklone Gamède lané 2007 i tir sou la sab bann milyé zosman i mark la prézans in simtyér zésklav par déor lo simtyér ofisyèl. La fé ofisyèlman in simtyèr pou la mémwar banna an 2019. Agèt : Fabrice Floch, “Saint-Paul : inauguration du cimetyère des esclaves découvert par Gamède.”, Réunion la 1ère (Septembre 2019).

Author's biography

Daisy Lambert est commissaire d’exposition et chercheuse indépendante.
Dans le cadre d’expositions, d’ateliers pédagogiques et de conférences, elle a récemment travaillé avec Tropiques Atrium (Fort-de-France, Martinique), La Villa Arson (Nice, France), Le CAC Brétigny, France), Dublin Fringe Festival (Dublin, Irlande), La Station Culturelle (Fort-de-France), La Fondation Fiminco (Romainville, France) et SAVYY Contemporary (Berlin, Allemagne). Elle est membre du comité technique d’acquisition du Frac Île de France de 2023 à 2025. Elle est lauréate de la Bourse de recherche en théorie et critique d’art du Cnap en 2024 avec le projet Garde-corps et autres protègements - stratégies de résistance par la (ré)activation et l’enrichissement du quimbois antillais dans les pratiques artistiques contemporaines.
Elle est co-fondratrice de l’association SMAC (Santé Mentale dans l’Art Contemporain) en 2023 avec laquelle elle est en résidence à La Friche du Palais de Tokyo en 2025. Elle est membre de la plateforme d’accompagnement d’artistes Heartline depuis sa fondation en 2024.
Diplômée de la Sorbonne (Paris 1) et de Sciences Po Paris, elle intervient régulièrement dans l’enseignement supérieur sur les pratiques curatoriales engagées, les enjeux de monstration du travail d’artistes noir·e·s afrodescendant·e·s et les pratiques de soin (Universités Paris 4 et Paris 8, Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris, Ecole du Louvre).

Kazkabar à Saint-Paul de La Réunion © Florans Feliks
/
Florans Feliks à Kazkabar © Florans Feliks
espace de germination des sézi-tér présentées à la sagesse des lianes, 2021 © Florans Keliks
Etandû, Etandî, Etandô, Etandard présenté au sein de l'exposition Mutual Core, commissariat Julie Crenn, FRAC Réunion hors les murs, Artothèque de La Réunion, Saint-Denis, 2021 © Florans Feliks
Photo ©Jacques Kuyten
/
Florans Féliks (Waro) et les femmes du « Ron fanm Kazkabar », Triko’d’po’d’ravine [détail], 2021, laines, fils, nattes, papier recyclé, bois, terre, roches, cornes, peau, coproduction Centre international d’art et du paysage/Association Kazkabar, « La sagesse des lianes », 2021, Centre international d’art et du paysage, Vassivière, commissariat Dénètem Touam Bona
© Gaëlle Deleflie
/
Astèr Atèrla, commissariat Julie Crenn, vue d'exposition, Friche la Belle de Mai © Jean-Christophe Lett
Le costume du "tifouké" porté par l'enfant "initié" par Granmérkal lors des jeux pédagogiques
Photo © Dominique Laporte
(2005 - en cours) © Florans Feliks
Spectacle I kri aou dann bwa (2022-2023) réalisé par Tintin du groupe Solilokèr © Florans Feliks
zélfant, pointe sèche tirée de la série Barldon (mahabarata en kreol)
Gravure © Florans Keliks
/
Salim
théâtre d'ombres dansé avec des éléments découpés sur carton plume noir (ces découpes découlent d'une gravure à l'origine du travail ) © Florans Feliks
Lomaz Zanset, Kazkabar, 2024.
Photo © Manu Magueresse
Lomaz Zansèt, Kazkabar, décembre 2024
résultat du rituel performance réalisé en compagnie de Migline Paroumanou et Marie Line Tsimougom
© Florans Feliks