Actualités des artistes
Adélaïde Feriot, Insulaire (avant l’orage), 2016
Collection IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes
© Thomas Lannes

Rituel·le·s

Institut d'art contemporain, Villeurbanne
du 29/10/2020 au 28/02/2021
Suzanne Husky, Sandra Lorenzi

Avec : Magdalena Abakanowicz, Bertille Bak, Clarissa Baumann, Tiphaine Calmettes, Charlotte Cherici, Adélaïde Feriot, Amélie Giacomini et Laura Sellies, Célia Gondol, Lola Gonzàlez, Louise Hervé & Clovis Maillet, Shirazeh Houshiary, Suzanne Husky, Seulgi Lee, Maria Loboda, Sandra Lorenzi, Ana Mendieta, Cynthia Montier & Ophélie Naessens, Gina Pane, Lygia Pape, Adrian Piper, Stéphanie Raimondi, Charwei Tsai.

À l’occasion du lancement de La Fabrique du Nous, l’IAC présente l’exposition Rituel·le·s.
Le rituel, à la manière de l'art, inaugure et répète une série d’actes et de paroles codifiés. Religieux, magique ou quotidien, de passage, de purification ou d’envoûtement, il se situe entre le faire et l’être, le gestuel et le verbal. Symbolique, il permet l’apparition répétée de communautés relatives et du nous, au centre de ce projet.

La période hivernale qui accueille l’exposition nous invite à l’engourdissement, au retrait – comme ce qui a pu être vécu par certain·e·s lors du confinement – ce moment de latence peut aussi être un temps de préparation : la durée des jours n’augmente-t-elle pas dès le lendemain du solstice d’hiver ? Dans cette attente régénératrice, les rituels anciens ou nouveaux sont de possibles processus de transformation pour renouveler les récits et esquisser un autre rapport à notre milieu.

Cette exposition, résultat d'un travail d'équipe, entremêle des œuvres d’artistes de renommée historique telles que Lygia Pape, Gina Pane ou Adrian Piper, issues de la collection de l'IAC et autres collections publiques, avec celles d'artistes invitées, parmi lesquelles des participantes du Laboratoire espace cerveau. En reliant ces travaux d'artistes femmes de différentes générations, Rituel·le·s souhaite penser ensemble individu et collectif et placer l'expérience commune au cœur de son action.

Rituel·le·s trouve ses forces dans l’écoféminisme, mouvement activiste né dans les années 1980 aux États-Unis qui articule l'écologie au féminisme au sein d’actions pacifiques et créatives. Fruit de débats qui trouvent de nombreux échos aujourd’hui, la pensée écoféministe vise à déconstruire le concept de nature tout en pointant la domination conjointe exercée sur la nature et les femmes. Celles-ci luttent pour se réapproprier leur corps et le rapport à la Terre et au reste du vivant, notamment par l’intermédiaire de rituels sororaux1 . L'exposition se nourrit de cet « art de la transformation de soi et du monde2 » pour accorder le concept de rituel au féminin.

Polysémique et protéiforme, le rituel déploie une forte dimension performative et esthétique où la mise en scène des corps est déterminante. De nombreuses artistes femmes appréhendent justement leurs performances comme des rituels potentiels, des occasions de dessiner leur place - notre place - au sein du vivant par l’intermédiaire de gestes, d'objets, de moments de spiritualités partagées, d’incantations ou de cérémonies ; autant de voies alternatives pour relancer l'émancipation collective, encore.

En hommage à l’ensemble des femmes, majoritaires dans les secteurs d’activité essentiels au cours de la crise sanitaire, actrices de rituels de soin.


1 La sororité est un concept équivalent à celui de fraternité pour désigner le principe de solidarité et de communauté entre femmes.
2 Émilie Hache, préface de Starhawk, Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique, Paris, Éditions Cambourakis, 2015, p.12.